Meurtre à l'huile de palme
La demande mondiale d'huile de palme ne cesse d'augmenter pour les besoins en alimentation, en cosmétiques et en biocarburants. Elle entraîne une destruction des forêts et le bouleversement des éco-systèmes.
En Indonésie et en Malaisie (85% de la production mondiale), la production intensive d'huile de palme conduit à des déforestations massives et à la destruction complète d'écosystèmes forestiers. En cause : une demande mondiale qui grimpe en flèche, pour l'industrie agro-alimentaire (Unilever, Nestlé et Procter & Gamble), mais qui risque d'exploser avec la banalisation des biocarburants. Actuellement, la destruction de la végétation et des forêts marécageuses en Indonésie provoque l'émission de 1,8 milliard de tonnes de CO2 chaque année, soit 4% des émissions mondiales annuelles.
Des débouchés juteux
Depuis les années 1990, la production d'huile de palme, extraite de la noix d'un palmier d'origine africaine, Elaeis guineensis, ne cesse de progresser. À l'origine, cette huile sert à des besoins alimentaires, pour les mêmes usages que l'huile de table, le beurre ou la margarine. Mais ce produit a envahi la majorité des aliments industriels car il cumule de nombreuses qualités :
- L’huile de palme est deux fois moins onéreuse que l’huile de colza. Le développement de palmiers transgéniques pour améliorer la qualité de l’huile, augmenter la production et diminuer la taille des arbres pour faciliter la récolte, est en cours. Les multinationales agro-alimentaires se réjouissent de cette source de profit.
- L'arbre pousse vite, en trois ou quatre ans, et la pulpe rouge des noix produit une huile facile à extraire, que l'on peut transformer en une graisse utilisable dans de nombreux produits. Pâtes à tartiner, chips, margarines, plats cuisinés, biscuits, soupes, céréales du petit-déjeuner... Et aujourd'hui, c'est une part importante de l'alimentation des pays riches qui est devenue dépendante de l'huile de palme.
- À partir de l'amande de la noix, on peut extraire de l'huile de palmiste, qui sert d'ingrédient pour des peintures et des produits cosmétiques. Et voilà un juteux débouché supplémentaire.
Comment les chips peuvent tuer les orangs-outans
L'Indonésie et la Malaisie sont devenues les championnes de cette production. Pour atteindre ce niveau, ces deux pays ont dû engager de vastes opérations de déforestations pour se lancer dans des monocultures intensives. L'Indonésie a déjà perdu 72 % de ses forêts. À ce rythme, selon un rapport du PNUE (Programme de Nations Unies pour l'Environnement), 98 % des forêts auront disparu en 2022.
Sa destruction est une catastrophe écologique et économique. Économique, car cette immense zone forestière est une richesse pour les habitants qui l’exploitent. Écologique, car cela participe de la destruction d’un d'écosystèmes, dont les emblématiques orangs-outans. Elle aboutira également à des modifications climatiques et à des difficultés sociales. A l'échelle planétaire, cette déforestation n'est pas sans conséquences non plus puisque les forêts sont de gros absorbeurs de gaz carbonique. Dans le monde, les déforestations sont responsables de 15 à 20 % de l'augmentation de gaz à effet de serre. C'est à la destruction des forêts, d'après Greenpeace, que l'Indonésie doit sa troisième position mondiale de producteur de gaz à effet de serre.
D'autres pays se lancent dans l'aventure, comme la Colombie. Car le boom sur l'huile de palme ne fait que commencer puisqu'un troisième marché, encore plus important, a démarré depuis 2005 : les carburants dits “verts”. L'huile de palme est en effet un excellent produit de base pour les “biodiesels”.
Citation "Jean-Luc Goudet - Futura-Sciences"